Les métiers de la salle ont le vent en poupe. Associations, blogs, trophées, chaines youtube, opérations séduction dans les lycées hôteliers, mises à l'honneur régulières dans les magazines pro. Il manque encore un Top Maître d'Hôtel à l'écran, mais ça ne devrait tarder. Valoriser le service, rénover les pratiques, en inventer de nouvelles, tout cela part d'une bonne intention : dépasser la logi(sti)que du simple portage d'assiette. Certaines habitudes que l'on voit s'installer partout depuis quelques temps me laissent cependant perplexe.

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Pour avoir eu la chance (car cela en reste une) de manger dans quelques adresses célébrées par certains classements mondiaux, dont la pertinence et la méthodologie sont aussi obscures que le Vantablack, je dois reconnaître être resté parfois un peu perplexe devant mon assiette. D'un esprit relativement ouvert par nature, je ne suis pas du genre à m'accrocher à quelques illusoires idées de tradition, et fais partie de ceux qui considèrent que la cuisine doit évoluer. Cependant, le sens de cette évolution m'échappe parfois, tant il semble que l'originalité à tout prix en soit devenue l’un des principaux moteurs.

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Elles sont là, invisibles et pourtant si présentes dans toutes les conversations. Elles les habitent voire les hantent, elles les transcendent intensément. Encore et encore. Quand ils parlent d’elles, leurs yeux s’allument, leurs mains se mettent en mouvement dans une infinie tendresse.

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Que peut-on manger ? Non pas au sens physiologique, mais au sens culturel et sociologique : qu'a-t-on le DROIT (moral) de manger ? La question est éminemment complexe car elle sous-tend celle de notre rapport à l'environnement, et plus particulièrement au vivant. Manger sa mère ou son voisin ? La loi nous l'interdit, même en cas de décès préalable par mort naturelle. Voilà qui est très décevant pour les nouveaux adeptes du régime paléolithique, époque à laquelle la pratique n'était sans doute pas choquante.

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Il servit le cerf d'un coup net, à la naissance du cou, la dague plantée là où la carotide palpite sous le poil court. L'écume blanche accumulée par la traque y avait gravé comme le ressac des vagues. Le sang jaillit, baignant l'air d'une odeur de fer. La tête bascula, les épois des bois fichés dans une touffe d'oxalis. Extirpé de l'animal dépecé, le cœur fut découpé en fines lamelles déposées sur une mousse aussi odorante que verte. Le fémur, pris en étau sous les coups répétés de deux grosses pierres, se brisa. Le chasseur se régala de la moelle tiède mêlée aux tranches de cœur infusées des arômes frais et boisés de la mousse et de l’oxalis. Ainsi il s'appropria l'âme du vivant. Ainsi le chasseur devint plus invincible encore, et dévora l'expérience de la proie.

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Il était une fois... Un loup, un caillou, une marmite et beaucoup de fraternité. Notre ami Gérard Cagna, cuisinier philosophe, vous conte l'histoire de la Soupe au Caillou, une jolie parabole sur l'un des fléaux qui guettent l'humanité depuis la nuit des temps : la peur de l'autre. Une façon pour nous de souhaiter de très belles fêtes de fin d'année à tous ceux qui ont rejoint notre communauté, à tous ceux qui regardent nos vidéos et nos photos, qui lisent nos textes, qui les aiment et les partagent.

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On vous sert du kale ? Résistez. On ne saurait incriminer un légume. Le végétal est innocent et sans défense. Il ne peut pas s’enfuir devant le prédateur (vache, lapin, hipster). Ce n’est pas la faute du kale s’il a été sorti des clapiers pour devenir panacée, herbage qui donne du sens à la vie, et même projet. À ce propos, googlez the Kale Project, croisade d’évangélisation par le kale menée par une Américaine auprès des Français, trop sous-développés pour apprécier les superfoods comme substitut de la vie intérieure. Par quelle magie a-t-elle réussi à fourguer à nos chefs et à nos maraîchers cette crucifère sans intérêt, je n’en sais rien, mais les résultats sont là : les plumes vertes sont sur tous les marchés et dans les magasins bio, mais ce n’est pas le pire : après en avoir trouvé deux ou trois fois sur mon assiette au restaurant, je décide de pousser un grand cri.

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25 Oct

J‘imagine qu’une bonne part d’entre nous a connu une mère ou une grand-mère qui cuisinait. Qu’elle fusse douée ou pas du tout reste une appréciation qui ne trouve aucune place durant l’enfance – l’envie, le geste de vouloir cuisiner, de donner, de partager, de rassembler surtout, étant largement aptes à gommer chaque imperfection.

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Bruit de table… Ca sonne bien mais, qu'est-ce donc, au juste, qu'un bruit de table ? Le claquement de la nappe que l’on déplie en l’air d’un coup sec pour la laisser retomber en parachute et l’ajuster avec la paume des mains, dans le chuintement du tissu sur le plateau ? Le cliquetis des couverts que l’on dépose de part et d’autre de l’assiette, en suivant scrupuleusement les préceptes de feue Nadine de Rotschild ? Le glouglou du liquide plus ou moins alcoolisé qui sort de la bouteille pour étancher la soif des commensaux ?

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